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Mille Cancun et des caravanes internationales pour « transformer les négociations climatiques »


Pendant que les représentants des gouvernements se réuniront à Cancun pour la 16e conférence des parties sur le climat (29 novembre – 10 décembre), l’organisation mondiale Via Campesina lance l’initiative « 1000 Cancun ». Dans un entretien avec Alter-Echos réalisé lors du Vème Congrès de la CLOC-Via Campesina (voir un compte-rendu ici), Alberto Gomez, représentant de l’UNORCA (1) et un des responsables des initiatives de la Via Campesina pour Cancun revient sur les motifs de cette mobilisation et précise les itinéraires des caravanes internationales reliant Mexico à Cancun.

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Depuis quand et pour quelles raisons la Via Campesina se mobilise fortement sur les enjeux climatiques ?

Suite au sommet de Bali (Indonésie) en 2007, nous avons décidé de nous impliquer plus fortement sur ces questions. A cette occasion, en alliance avec d’autres mouvements, nous avons impulsé la création d’un réseau International, Climate Justice Now. Nous avons travaillé depuis pour que ces informations soient aussi partagées par nos différents membres. Par ailleurs, les mesures aujourd’hui proposées et discutées par les pays développées sont les mêmes mécanismes et instruments qui sont les causes des dérèglements climatiques. Ils seront donc source d’encore plus de dévastations, au profit du capital, des transnationales, des investissements et du commerce international.


Quels sont les effets des dérèglements climatiques dans les campagnes ?

Ils sont très importants, notamment dans les pays du Sud où ils sont quasi-permanents et intenses.   Les saisons se modifient profondément et là où il pleuvait régulièrement, ce sont aujourd’hui des pluies dévastatrices ou des sécheresses. De nouvelles épidémies touchant nos récoltes apparaissent face auxquelles nous devons redoubler d’efforts pour sélectionner nos semences afin de pouvoir poursuivre malgré ces transformations très importantes. Par ailleurs, beaucoup d’éléments concourent à rendre les effets des dérèglements climatiques encore plus forts dans les campagnes : l’urbanisme sauvage, les projets miniers ou les grands barrages affectent nos terres rurales.


Quelles sont les propositions de la Via Campesina ?

Pour la Via Campesina, notre façon de produire et notre agriculture assurent aujourd’hui le refroidissement de la planète. C’est une alternative pour notre monde. Alors que l’agro-business tente de contrôler la totalité du système alimentaire, les petits producteurs paysans et indigènes assurent la production d’encore 60 % des aliments aujourd’hui consommés sur la planète. La souveraineté alimentaire des peuples, des communautés, est la solution alternative que nous proposons, pour toute la société. C’est aussi notre alternative face au capitalisme qui est la source de cette crise climatique et de ces dévastations environnementales. Mais nous avons besoin d’autres politiques. Nous avons besoin d’une réévaluation du rôle des paysans et des peuples indigènes à la fois pour refroidir la planète, mais aussi pour résoudre la faim sur la planète. Ne pas utiliser de produits toxiques et d’autres produits fortement dépendants du pétrole est essentiel. C’est la grande différence entre nos propositions et les leurs. Eux disent qu’il faut développer une agriculture industrielle avec des OGM et une industrie alimentaire fortement dépendante du pétrole. Nous, nous disons qu’il faut développer les marchés locaux, les productions locales. C’est là que nous puisons l’énergie pour continuer d’exister comme paysans  en lutte et faiseur d’alternatives.


Pourquoi le prochain sommet sur le changement climatique de Cancun est-il important pour la Via Campesina et que va-t-elle mettre en œuvre ?

Nous avons décidé de lancer un appel (2) qui dit deux choses. Nous devons être à Cancun. Mais comme Cancun est cher et difficile d’accès pour nous, nous proposons de réaliser « 1000 Cancun ». Soit mille protestations. Mille actions parallèles. Pour transformer profondément ces négociations converties en un véritable marché d’offres et de demandes, il est absolument nécessaire de multiplier les initiatives et les exigences au niveau international. Par ailleurs, nous allons susciter des caravanes internationales (3). Des militants d’organisations d’Amérique du Nord, du Canada et d’Europe ont déjà prévu de participer à ces caravanes. Trois caravanes vont partir du centre du Mexique (San Louis Potosi, Guadalajara, Acapulco) afin de faire connaître et rendre visibles les luttes que nous menons contre les activités minières, contre la pollution de l’eau, contre les grands barrages. Ces luttes sont par ailleurs réprimées, parfois très durement, des dirigeants locaux y ayant parfois laissé leur vie. Nous voulons démasquer le gouvernement mexicain qui ne mène pas, comme il le dit, « une politique verte ». C’est un gouvernement qui détruit notre territoire. Aujourd’hui, près de 70 % du territoire mexicain serait susceptible de projets miniers. Des entreprises canadiennes en détiennent déjà 25 %. Le gouvernement mexicain est une mascarade, ces caravanes vont le montrer.


Quel est le calendrier de ces caravanes et de vos initiatives à Cancun ?

Ces caravanes partiront le 28 novembre direction Mexico City. Le 30, lendemain de l’ouverture des négociations officielles, une grande manifestation aura lieu au centre du pays, en son cœur, au Zocalo de Mexico. Tout ceci se fait en alliance avec d’autres forces, comme la très importante Assemblée Nationale des Affectés Environnementaux (ANAA), et d’autres mouvements, ruraux, urbains, étudiants, syndicaux. Le 1er décembre, nous nous dirigerons vers Cancun. Sur la route, se joindront d’autres caravanes parties de Oaxaca et du Chiapas. Nous arriverons le 3 décembre à Cancun où un campement sera installé à compter du 1er décembre. Le 4 nous ouvrirons officiellement le forum pour une alternative globale « pour la vie, pour la justice sociale et environnementale ». Le 7 décembre est le jour que nous avons défini comme celui des milles Cancun. De nombreuses initiatives sont déjà prévues, notamment dans plus de 20 villes des Etats-Unis. Beaucoup ne pourront pas se déplacer à Cancun et confient leurs messages aux caravanes et à ceux qui seront à Cancun. Mais ils s’engagent aussi à agir de là où ils sont. C’est très important. C’est la seule manière de contribuer pour transformer radicalement ces négociations sur les changements climatiques.


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(1) L’Unorca est l’Union nationale des organisations régionales paysannes autonomes, membre de la Via Campesina
(2) Voir l’appel « Mille Cancun pour la justice Climatique » de la Via Campesina
(3) Retrouver les dates et itinéraires des caravanes dans ce document-résumé et ce communiqué en français de la Via Campesina.

Clôture 5ème Congrès CLOC-Via Campesina - Octobre 2010 - Quito (Equateur)

Ecrit par maximecombes

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5 commentaires pour "Mille Cancun et des caravanes internationales pour « transformer les négociations climatiques »"

  1. De Nagoya à Cancun, des initiatives citoyennes innovantes « Climatjustice dit :

    [...] les négociations climatiques” comme le propose Alberto Gomez de la Via Campesina dans cette interview. Pour cela, en alliance avec de nombreux mouvements, et notamment l’Assemblée Nationale des [...]

  2. [...] recroisé à Asuncion, nous avons pu réaliser quelques interviews intéressantes. Comme celle de Alberto Gomez (voir ici) de la Via Campesina Mexique et qui a été reprise sur de nombreux sites Internet. Nous en avons [...]

  3. Mille Cancun… pour mille solutions ! « Climatjustice dit :

    [...] 1000 Cancun ». Mille protestations. Mille actions parallèles. Mille solutions. C’est ainsi que la Via Campesina présente son appel à multiplier les initiatives décentralisées à l’occasion du sommet de Cancun sur le changement climatique (29 nov - 10 déc).(Voir cette interview pour d’informations). [...]

  4. [...] de politiques locales qui pourraient être profondément modifiées. C’est d’ailleurs l’objectif des caravanes qui vont sillonner le Mexique à compter du 28 novembre que de « démasquer le gouvernement [...]

  5. Lebreton Andre dit :

    Si, trop souvent, les accords internationaux ne sont pas suivis d’effets, c’est parce que les participants à ces accords, désignés par une succession de de nominations et votes par les citoyens, ne représentent pas leurs intérêts, mais les intérêts des multinationales qui les y « encouragent »..

    Un bel exemple de la non représentation des citoyens, au delà même de la question de fond, est :

    après le référendum français sur le traité constitutionnel européen, où les français ont répondu « NON », un vote du Parlement français a répondu oui à un traité « quasi équivalent ».
    C’est le mode de désignation des élus qui est en cause !… Ainsi que leur statut …

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