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Echanger les semences face à l’extension du soja transgénique

Vu à Berazategui, province de Buenos Aires. 17 et 18 septembre 2010.

Il aura fallu compter pour certains deux jours de routes. Venus des 21 provinces argentines, plus de 2000 producteurs et artisans ont participé à la première fête nationale des semences paysannes et créoles. Sur environ trois hectares prêtés par la municipalité de Berazategui à 40 kilomètres de Buenos Aires, plusieurs milliers de visiteurs ont pu assister à des débats sur les thèmes de la souveraineté alimentaire et de l’économie solidaire mais aussi participer à des ateliers sur la reproduction des semences ou la construction de fours solaires. Pour le comité organisateur, “cette feria constitue un espace de réflexion et d’échanges pour diffuser le rôle essentiel de la semence, de la diversité biologique et de l’agriculture familiale dans la souveraineté alimentaire”. Réaffirmer le droit du peuple argentin à décider ce qu’il veut consommer, comment et pour qui il le produit, étaient au coeur de cette feria, comme le relatent Martín Goizueta (Madre Tierra, Tres Arroyos) et Claudia Herrera (Organización Nacional de Pueblos Indígenas de Argentina).

http://www.vimeo.com/15344322

Dans un pays devenu le troisième producteur mondial de soja transgénique après le Brésil et les États-Unis, le soutien affiché de plusieurs ministères à cette fête des semences peut surprendre. Il y a de quoi. Passé de 8,3 millions d’hectares en 2000 à 16 millions d’hectares en 2007, le soja occupe 60 % des terres cultivées. De ce fait, le prix des terres a quadruplé en une décennie et leur concentration s’est encore accrue : 50000 fermes ont disparu en dix ans et 900 propriétaires terriens possèdent plus de 93 % des terres cultivées*. On est loin de la réforme agraire appelée par le mouvement paysan et indigène argentin. Preuve aussi que des secteurs du gouvernement et de l’administration accompagnent cette évolution, voire l’encouragent. Pourtant, pour Martín Goizueta, il demeure important, tout « en conservant son indépendance » de “s’appuyer sur les secteurs du gouvernement qui peuvent renforcer les initiatives issues des luttes locales, comme la feria de las semillas« . Lors de la séance d’ouverture, le ministre de l’agriculture Julián Domínguez a ainsi été poussé à affirmer que “la terre appartient à ceux qui la travaillent”. Il ne fait peu de doutes que les initiateurs de cette feria et le mouvement paysan argentin sauront s’en servir pour essayer d’infléchir le rapport de force face à l’agrobusiness, et promouvoir une réforme agraire et la souveraineté alimentaire.

* Les chiffres de 2002 indiquaient que 936 propriétaires terriens détenaient 35,5 millions d’hectares, soit 38 000 hectares par personne, contre 16,7 hectares en moyenne pour les 135 000 producteurs restants, se partageant 2,3 millions d’hectares.

Ecrit par sophiechapelle

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2 commentaires pour "Echanger les semences face à l’extension du soja transgénique"

  1. [...] la mobilisation pour soutenir le vote de la loi des glaciers, nous nous rendrons également à la première feria des semences en Argentine. L’occasion de rencontrer des alternatives au développement du soja, bien souvent [...]

  2. [...] d’écoconstruction, l’agriculture paysanne, ou des initiatives de sauvegarde et d’échanges de semence comme alternatives à l’agro-business, les initiatives concrètes transformant la vie des [...]

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