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Ecologie urbaine, un Centre pour transformer Montréal

Avec 1,6 millions d’habitants et 4 millions pour son agglomération, soit près de la moitié de la population de la province du Québec (7,8 millions d’habitants), Montréal est la deuxième plus grande métropole du Canada, derrière Toronto. Principal port de l’est-canadien situé au débouché de la voie maritime du Saint-Laurent qui la relie aux centres industriels des Grands Lacs, la métropole montréalaise est confrontée à la plupart des défis démocratiques, écologiques et sociaux que connaissent les grandes aires urbaines de la planète : quelles structures de gouvernement et de décision ? quel développement économique pour quels équilibres sociaux ? quelle répartition de l’espace urbain et quels modes de transport pour quel tissu social et quelles implications écologiques ? Etc… C’est à l’ensemble de ces défis considérables que le Centre d’Ecologie Urbaine (CEU), fondé en 1996, essaie d’apporter des réponses novatrices en faisant « l’amalgame de l’écologie, de la démocratie et de la citoyenneté urbaines ».

Le Centre d'Ecologie Urbaine de Montréal

La ville, un enjeu écologique

A l’heure où plus de 50 % de la population mondiale vit désormais en milieu urbain et qu’on en attend 70 % en 2050, l’urbanisation croissante de nos territoires pose des défis considérables. Pour le CEU, il est « urgent de se tourner vers des solutions viables pour la pleine expression de la citoyenneté urbaine, où le droit à un environnement sain est indivisible du droit de participation aux décisions concernant la ville ». Face au virage écologique rendu nécessaire par les dérèglements climatiques et environnementaux, la ville et le quartier sont perçus comme des échelles pertinentes pour inventer des solutions en matière d’écologie urbaine. Selon le CEU, les populations concernées doivent être au cœur des processus décisionnels de la transformation de leurs cadres de vie. Luc Rabouin, directeur du CEU et auteur de Démocratiser la ville,  considère qu’il « ne peut y avoir plus d’écologie dans la ville s’il n’y a pas plus de démocratie, et inversement » et qu’impliquer le « citoyen ordinaire est à l’origine de pratiques novatrices qui replacent l’être humain au centre de la politique ». Cette exigence n’est pas le fruit du hasard.

Démocratiser la ville, de Luc Rabouin

Le CEU, fruit de l’histoire des luttes urbaines montréalaises

Comme le rappelle un de ses fondateurs, Dimitri Roussopoulos, la création du Centre d’écologie urbaine de Montréal s’inscrit dans la continuité d’une série de luttes menées par les résidents d’un quartier, celui de Milton-Parc, pour préserver le quartier des promoteurs immobiliers. Ils ont ainsi créé le plus grand parc de coopératives d’habitation au Canada, ayant sorti du système spéculatif des centaines de logements et permettant de les rénover et de préserver, non sans difficulté, une certaine mixité sociale. Le CEU s’est naturellement implanté au cœur de ce quartier, occupant un ancien triplex traditionnel appartenant à la coopérative d’habitation. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cette solidarité que les locaux ont été aménagés « dans le respect de principes écologiques grâce au travail d’une soixantaine de bénévoles ». Terreau fertile pour l’expérimentation de solutions écologiques novatrices, le quartier est aujourd’hui doté d’un «plan de développement durable, produit de la participation de plusieurs centaines d’habitants et conjuguant « des savoirs populaires et des savoirs spécialisés » sur les enjeux de transport, de consommation d’énergie, de conservation de l’eau…

http://www.vimeo.com/13560006

Démocratiser la ville, un projet de transformation sociale et écologique.

Essayant de traiter conjointement les enjeux sociaux et environnementaux sur la base d’exigences de participation citoyenne et démocratique, le CEU travaille sur de nombreux projets « pilotes ». Par son implication dans des projets d’agriculture urbaine en lien avec de nombreux autres acteurs citoyens, il souhaite démontrer qu’il est possible d’utiliser des espaces non mis en valeur pour rapprocher la production d’aliments de bonne qualité des lieux de consommation tout en interpellant l’opinion publique sur le besoin de productions de proximité, notamment pour les familles dans le besoin. En intervenant sur la conception et l’aménagement d’espaces publics, par exemple à travers le projet « Quartiers verts, actifs et en santé », le CEU ambitionne d’illustrer ce que pourrait être une organisation alternative de l’espace urbain favorisant des modes d’écomobilité (transport collectif et actif) réduisant notre empreinte écologique. Par des expérimentations telles que la création d’îlots de fraicheur ou de toits végétalisés, dont le projet-pilote a été installé sur le toit d’une coopérative d’habitation à Montréal malgré un grand scepticisme initial, preuve est donnée qu’il serait possible de rendre les quartiers et les bâtis plus agréables tout en réduisant la consommation d’énergie dévolue au chauffage ou à la climatisation. Enfin, le centre s’est également fortement impliqué dans la promotion de dispositifs tels que le budget participatif expérimenté dans l’arrondissement Plateau Mont-Royal.

http://www.vimeo.com/13560612

Transformer n’est pas chose aisée…

Ces expérimentations, aussi intéressantes soient-elles, ne restent-elles pas marginales et finalement dérisoires au regard des défis auxquels nous sommes confrontés ? A quoi bon s’épuiser sur quelques jardins communautaires ou le réaménagement d’un ou deux quartiers quand des BP, Total ou Shell hypothèquent l’avenir de la planète par leurs agissements ? Conscients que ses projets sont parcellaires et porteurs de contradictions, les responsables du CEU l’assument, préférant agir concrètement sans tout attendre de prochaines transformations plus globales. Par exemple, si les projets de verdissement peuvent susciter des phénomènes de gentrification des quartiers, Luc Rabouin pense qu’il est du rôle du CEU d’exiger, au côtés d’autres acteurs, davantage de logements collectifs (coopératives d’habitation, logements sociaux…) en dehors du marché pour les catégories sociales défavorisées. Dans une province où les clivages politiques sont assez peu marqués, le CEU privilégie la montée en compétence de la population – il développe un « projet d’école de la citoyenneté » – et la mise en débats d’alternatives par l’exemple, à travers les projets « pilote ». Loin de se limiter au micro-local, le CEU utilise ses projets-pilote pour soutenir des revendications plus globales et exiger d’autres politiques. Il fait par exemple partie de la coalition qui exige du pouvoir provincial que la réfection du principal échangeur autoroutier à la porte ouest de Montréal se fasse en faveur du développement des transports collectifs et des alternatives au tout-voiture, revendications portant une vision globale alternative du développement de Montréal à moyen terme.

La Ville et son potentiel écologique

Entre expertise et mouvement citoyen

Dans ces projets et batailles publiques, le CEU intervient souvent comme porteur d’expertise technique. Il dispose pour cela d’une équipe de salariés compétents en mesure de mêler les différentes exigences du développement durable, tant en matière sociale, environnementale que participative. A travers les comités scientifiques développés sur chaque projet, le CEU s’adjoint des compétences extérieures et locales. Constitué en association, le CEU travaille avec des organisations locales, qui en s’ajoutant à son conseil d’administration, fait graviter une véritable vie associative autour de lui. Il reste donc profondément « ancré dans sa communauté » désirant « partager une expertise quant aux approches les plus viables et démocratiques de développement urbain durable ». Il fut ainsi l’un des initiateurs des Sommets Citoyens de Montréal dont le cinquième s’est tenu en juin 2009, en présence de plus de 1000 personnes. Pour Luc Rabouin, ces sommets citoyens sont une façon de « contribuer à la création d’un mouvement urbain » afin de « se donner une plate-forme commune » partageant « une vision de la ville et des priorités de changement pour Montréal ». De son côté, Anne Latendresse, reconnait que la création de cet « agenda citoyen pluriel » pour peser dans le débat public à quelques mois des élections municipales ne fut pas aisé. Il est toujours difficile de « surmonter les contradictions et les fragmentations », et ainsi de « repolitiser » les discussions sur l’avenir de la métropole. Néanmoins, elle reste convaincue, comme la plupart des initiateurs de ces sommets, que ce type d’initiatives est absolument essentiel pour ne pas laisser les choix collectifs aux seuls technocrates et professionnels de la politique.

5ème commet citoyen de Montréal, "la ville que nous voulons"

En 2011, rendez-vous pour le 9ème sommet mondial EcoCité !

Luc Rabouin résume l’ambition du Centre d’écologie urbaine de Montréal : « Changer le monde, un quartier à la fois. Tout en étant partie prenante d’un mouvement mondial de transformation. » Puisant aussi son inspiration auprès du de l’Institut Polis (Brésil), le Centre d’Ecologie Urbaine a obtenu d’organiser le 9ème sommet mondial Ecocité du 22 au 26 août 2011 à Montréal. Plus de 1500 participants sont attendus et le CEU se saisira de cette opportunité pour organiser des conférences grand public accessibles à la population montréalaise et développera un « projet tangible sur le terrain ».

Ecocité 2011

Ecrit par maximecombes

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3 commentaires pour "Ecologie urbaine, un Centre pour transformer Montréal"

  1. Patrice dit :

    Petite rectification:
    Le Sommet mondial écocité n’a pas lieu en 2010 comme l’indique le texte, mais prendra plutôt place du 22 au 26 août 2011.
    Au plaisir de vous y voir!

  2. maximecombes dit :

    Merci beaucoup. C’est corrigé.
    Si nous la chance de revenir à Montréal pour cette occasion, ce sera un plaisir de vous y rencontrer.
    A bientôt et bonne visite sur notre site.

  3. [...] collectifs sur les toits des universités, collèges ou aux abords des rues. Le sujet sur le Centre d’Ecologie Urbaine (ou l’Autre Montréal) fut tout aussi [...]

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