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Echangeur Turcot : une mobilisation pour un projet alternatif

D’immenses structures de béton vierges se profilent sur des kilomètres. Ici, l’autoroute 720 se raccorde à l’échangeur Turcot. 290 000 voitures passeraient tous les jours. De son loft, Pierre Zovilé observe ce défilé continu. Pour combien de temps encore ? Son immeuble situé au 780 St-Rémi dans le village des Tanneries risque d’être détruit du fait de la réfection du plus gros échangeur du Québec. Car même si Turcot vient de souffler ses 44 bougies, il approche de sa fin de vie utile. « La raison pour laquelle il est endommagé c’est que ça a été mal construit », assure Pierre. Rapidité de confection conduisant à des fissures lors du séchage, mauvais système d’évacuation des eaux de la chaussée, absence de protection des piliers, participeraient à cette usure prématurée. Cette réfection pourrait sonner la fin de toute une communauté avec la démolition de 166 logements, l’immeuble rue St-Rémi représentant à lui seul une centaine de logements. Le gouvernement provincial, par le biais du Ministère des Transports du Québec (MTQ) envisage de reconstruire à côté des structures actuelles un nouveau réseau routier. Le projet proposé en 2007 par le MTQ nécessite donc d’avoir suffisamment d’espace pour deux échangeurs autoroutiers en même temps pendant une période donnée. Un doublement des infrastructures justifié par la volonté de ne pas arrêter le trafic ! Valérie Simard du POPIR-Comité Logement suit le dossier et nous emmène au coeur des Tanneries.

http://www.vimeo.com/14002343

Pour le POPIR Comité Logement, le projet proposé par le MTQ en 2010 repose sur le même principe qu’il y a 40 ans : favoriser l’entrée d’automobiles au centre-ville de Montréal. Lors de la construction de l’échangeur en 1966, 40 000 expropriations avaient été conduites. L’enjeu en ce début de 21e siècle pour le POPIR-Comité Logement est de « permettre un développement urbain et social du Sud-Ouest de l’île où l’automobile perd du terrain et où les gens sont maîtres de leur communauté ». Autour de cette vision, 50 organisations se sont rassemblées dans la coalition « Mobilisation Turcot ». La réduction de la circulation automobile, l’amélioration de l’offre de transport collectif et de la qualité de vie dans les quartiers anciens, la réduction de la pollution atmosphérique, la viabilité du centre-ville, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le contrôle de l’étalement urbain, sont autant de lignes directrices portées par la coalition.

Parmi les différents projets alternatifs, celui baptisé « Turcot 375 » et présenté pour la première fois en mars 2010 obtient un large consensus. Le scénario suggère un échangeur plus vert et de plus petite taille, réduisant la circulation de 40 % en misant sur le transport collectif et la diminution du transit inter-quartier. Le projet, qui compterait 10 voies plutôt que les 18 actuelles, permettrait de faire passer la circulation de 290 000 à 180 000 véhicules par jour. Les porteurs du projet Turcot 375 misent sur des voies réservées aux autobus sur les axes autoroutiers ainsi que sur le transport sur rail. Toutes les organisations membres de « Mobilisation Turcot » partagent l’idée que la proposition avancée par le MTQ n’est pas une solution viable, ni pour les résidents des quartiers traversés, ni pour l’ensemble de la région de Montréal. Comme le rappelle Daniel Bouchard du Conseil Régional de l’Environnement (CRE), « l’idée même de faire une infrastructure permettant de faire circuler plus de véhicules dans les quartiers centraux de Montréal est contradictoire avec le Plan de Transport de Montréal ». Alors que le plan proposé par le MTQ prévoit de faire entrer 30 000 véhicules de plus, le Plan de Transport montréalais porté par André Lavallée, cofondateur de l’Autre Montréal et devenu responsable de l’Urbanisme à la ville, renverse les priorités : l’automobile est reléguée derrière les transports collectifs et actifs. Pour l’heure, le secteur des transports reste le principal responsable des émissions de GES au Québec et une récente étude rappelle que des efforts substantiels pourraient être réalisés en ce domaine.

La coalition « Mobilisation Turcot » a réussi à ce qu’une partie de ses propositions soit reprises par la ville de Montréal. « La Ville a sorti un concept d’échangeur circulaire qui réduisait de façon très substantielle l’emprise au sol, l’espace nécessaire, la capacité à l’automobile, et qui intégrait plusieurs projets de transports collectifs », explique Daniel Bouchard. « En rédigeant des mémoires, en participant aux mobilisations collectives, on a réussi à construire une certaine alliance avec la ville », se félicite également Luc Rabouin du Centre d’écologie urbaine. Nous sommes parvenus à construire un rapport de force pour obliger le gouvernement à négocier. » La proposition de la ville a pour le moment été rejetée par le MTQ du fait de son manque de précisions. La solution alternative portée par « Moblisation Turcot » se heurte aux mêmes difficultés. « Turcot 375 n’est pas une solution technique mais un ensemble de prémisses, de projets, de considérations qui devraient faire partie de la solution finale » justifie Daniel Bouchard du CRE. Des architectes et urbanistes ont aussi mis en avant des alternatives techniques tels l’enfouissement de certaines parties et le maintien en hauteur, sur structures d’acier, d’autres tronçons de l’échangeur.

L’alternative représente un immense pas à franchir mais la coalition ne renonce pas. Les manifestations se poursuivent, les rencontres avec le MTQ aussi. « Une centaine de personnes, toutes organisations confondues, travaillent sur le projet à temps plein, sans compter les bénévoles », explique Pierre Zovilé. Pour le POPIR-Comité Logement, « l’exercice de consultation lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement aura eu le mérite de faire émerger plusieurs alternatives. On y parle d’un boulevard urbain plutôt que d’une autoroute, de voies réservées aux transports collectifs, de tramway et de trains de banlieue, de navettes ferroviaires et de réduction de la capacité routière ». Le travail à l’échelle des quartiers se poursuit également pour le Centre d’écologie urbaine afin de voir comment réduire la place de l’automobile . La coalition se prépare pour les prochaines sessions parlementaires qui recommenceront en septembre. A l’automne, la ministre des Transports du Québec pourrait également perdre son poste. La vigilance reste de mise.

Written by sophiechapelle

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