On the road…

Dimanche 11 juillet, 10h, heure locale. Nous voilà partis. Sur Van Dyke road, plein nord, tout droit - les virages sont superflus aux Etats-Unis, hormis les croisements. Direction Kingston, toute petite bourgade du Michigan profond, qui n’a rien à voir avec la capitale jamaïcaine, et où la pizzeria fait office de restaurant, supérette et débit de boisson. Nous sommes attendus à la ferme biologique de la famille Hampshire par Randy et Shirley que nous avons rencontrés sur le marché de produits frais de Détroit. Objectif : mieux comprendre pourquoi ils estiment que l’agriculture urbaine ne résoudra pas tous les défis agricoles ! « Nous avons besoin de sauver et transformer en bio nos fermes, dans les zones rurales, pour nourrir la population« . Convaincu d’une très prochaine disparition des énergies fossiles, Randy prévoit de construire une communauté auto-suffisante sur sa ferme… Le potentiel est là avec plusieurs bâtiments fonctionnels pour une boulangerie, une laiterie, une meunerie, un atelier de réparation… (Florent, on ne tardera d’ailleurs pas à t’envoyer les photos de leur système d’élevage de volailles plutôt judicieux).

Lundi 12 juillet, 8h, nous repartons plein ouest, direction Muskegon. Il nous faut arriver à temps pour embarquer à bord du Lake Express, ferry qui nous conduira à Milwaukee sur l’autre bord du lac Ontario. Très cher, ce ferry moderne nous permet d’éviter de tomber dans les bouchons de Chicago la tentaculaire au Sud, et de ne pas prendre le ferry moins dispendieux mais plus polluant dit « Badger », plus au Nord. Mis en service en 1953, le Badger, qui peut recevoir 620 passagers et 180 voitures, brûle 55 tonnes de charbon par traversée. Ne pas le prendre constitue déjà une alternative. Le lac Ontario ? Une mer intérieure dont on ne voit plus les rivages très rapidement après être partis ! Ce même lac est aujourd’hui menacé par une nouvelle marée noire déclenchée par une rupture d’oléoduc polluant un de ses affluents avec 1 million de litres de pétrole déversés.


Mardi 13 et mercredi 14 juillet. Milwaukee
. Après une nuit dans un motel propre et suffisant, nous voilà partis à la rencontre de projets d’agriculture urbaine basés sur l’aquaculture. Nous avons d’abord visité avec difficultés Growing Power, le projet de Will Allen, ancien basketteur professionnel et plus célèbre  jardinier urbain des Etats-Unis - récemment reçu par Obama il a été l’objet d’un portrait dans le magazine dominical du New York Times. Nous avons pu ensuite discuter pendant plus d’une heure avec un des fondateurs du projet Sweet Water Organics, James Godsil, beaucoup plus accueillant (voir notre article ici). Développé dans une ancienne usine désaffectée, et permettant, par cette méthode d’aquaculture, de produire aussi bien des légumes que des poissons d’eau douce, le projet alimente des marchés et distributeurs locaux. Notamment Outpost, une coopérative appartenant à 15 000 de ses clients, créée à la fin des années 1970 pour faciliter l’accès aux produits locaux et biologiques.

Notre halte à Milwaukee n’aurait pas eu la même saveur sans une exceptionnelle rencontre avec une jeune pasteur baptiste et son mari, Jamie et NJ, tous deux engagés à « gauche« , autour d’un délicieux repas en leur accueillante demeure. Merci à eux. Occasion de rencontrer deux de leurs amis, impliqués dans la vie associative de Milwaukee et tentant, à leur manière, de redonner du pouvoir aux communautés locales sur leur existence et leur avenir.

http://alter-echos.org/video/film%20final%20entre%20detroit%20et%20denver.f4v

Mercredi 14 juillet après-midi et jeudi 16 juillet. Nous voilà partis sur les routes du MidWest, direction Denver. Lorsque nous avons pris connaissance qu’il existait une liaison régulière en train entre Chicago et Los Angeles passant par Denver, il n’y avait plus de places disponibles. Prendre le train pour traverser les Etats-Unis d’Est en Ouest aurait pourtant été une alternative à part entière. C’est donc en voiture que nous avons traversé les immenses plaines de l’Iowa et du Nebraska d’est en ouest. S’étendant à pertes de vue, les plantations de mais, souvent étiquetés Pionneer ou Monsanto, nourrissent au mieux du bétail. Bien souvent, ces cultures sont destinées à la production d’agrocarburants…

Sur la route, nous voulions aller visiter la communauté écologique et auto-organisée Dancing Rabbit village. Ce sera pour la prochaine fois. Manque de temps : longue route et voiture de location à rendre vendredi matin au plus tard. Plus de 2000 km en moins d’un jour et demi, nous n’avons pas chômé. A mesure que nous nous rapprochons du Colorado, les paysages se modifient. Le maïs laisse place à du blé, des plaines ondulées remplacent les étendues plates. Par moment, nous longeons d’immenses ranchs où les centaines de bovins sont parqués sur des surfaces réduites. De la route, nous percevons les odeurs nauséabondes qui en émanent. Approchant de Denver, nous avons frôlé la panne d’essence. Heureuse station-service de Sterling, bourgade de 12000 habitants vivant de sa prison d’Etat, qui aura soulagé Sophie et remplie notre réservoir. Sans le sentir, nous avons peu à peu grimpé en altitude. Denver est à plus de 1600 mètres d’altitude. Derrière se découpent les Rocky Mountains et autres sommets de 14000 pieds d’altitude (plus de 4000 mètres) qui font le bonheur des amateurs de sport d’été et d’hiver. Nous voilà arrivés.

—-

(1) Dans le Michigan, il est interdit à un producteur de vendre son lait directement à des consommateurs. La loi l’oblige à le vendre à des entreprises privées… Sauf si la vache appartient aux consommateurs : option retenue par Randy pour vendre le lait de ses quelques vaches à des habitant de Détroit.

Un commentaire

  1. Denver : un mile d’altitude pour mille richesses… « Le Blog de Sophie et Maxime a dit le 19 août 2010 à 21 h 04 min:

    [...] terme de 2000 km d’épopée routière, nous voilà à un mile (1605 mètres) d’altitude. Denver City fut fondée en novembre 1858 en [...]

Réagissez